Ambroise Vollard (1866–1939) 

 le visionnaire de l’art moderne

Ambroise Vollard reste l’une des figures les plus marquantes de l’histoire de l’art. Marchand, éditeur et découvreur de talents, il a joué un rôle décisif dans la reconnaissance des plus grands artistes du début du XXe siècle.

Né en 1866 à Saint-Denis de La Réunion, il s’installe à Paris et ouvre sa première galerie en 1893, rue Laffitte, un lieu qui deviendra rapidement un passage obligé pour les amateurs d’art avant-gardiste.

Un découvreur de génies Visionnaire,

Vollard a su repérer et soutenir des artistes aujourd’hui légendaires : Paul Cézanne, Vincent van Gogh, Paul Gauguin, Henri Matisse et Pablo Picasso. En organisant leurs premières expositions et en éditant leurs œuvres, il a contribué à forger leur réputation. Mais son influence ne s’arrête pas là : en tant qu’éditeur d’art, il a publié des livres illustrés et des estampes d’une qualité exceptionnelle. Parmi ses réalisations les plus célèbres figure la "Suite Vollard", un ensemble de 100 gravures créées par Picasso entre 1930 et 1937. Passionné de littérature, il a également collaboré avec des écrivains et des artistes pour des ouvrages comme "Parallèlement" de Verlaine, illustré par des lithographies de Pierre Bonnard. Proche d’Alfred Jarry, le créateur d’Ubu Roi, Vollard a même écrit des textes inspirés de l’univers d’Ubu pendant la Première Guerre mondiale.

Les débuts audacieux

d’une galerie légendaire En 1893, Vollard inaugure sa galerie rue Laffitte. Il y organise les premières expositions de Van Gogh, Cézanne, Picasso, Matisse et bien d’autres. Dès l’ouverture, il accroche des toiles de Van Gogh, sans parvenir à en vendre une seule. Puis il expose Cézanne, dont la peinture, d’abord incomprise, finit par attirer les collectionneurs éclairés quelques années plus tard. Ces choix audacieux ont fait sa fortune et sa réputation, tout en contribuant à façonner l’histoire de l’art moderne.

Sa maison du Tremblay-sur-Mauldre

Vollard possédait une propriété au Tremblay-sur-Mauldre, où il se retirait régulièrement. Ce village des Yvelines, déjà fréquenté par des artistes et écrivains comme Blaise Cendrars, est devenu sous son impulsion un lieu de rencontre pour l’avant-garde artistique. Il y recevait des artistes et des collectionneurs, renforçant ainsi le lien entre ce territoire et l’histoire de l’art moderne. Vollard y a passé ses dernières années, entouré de ses trésors artistiques. Ambroise Vollard avait acquis cette vieille demeure dans ce village des Yvelines, initialement destinée au peintre Georges Rouault.

Une fin tragique et mystérieuse

Ambroise Vollard meurt le 21 juillet 1939 (certaines sources mentionnent le 22 juillet) dans un accident de voiture, alors qu’il se rendait de sa maison du Tremblay-sur-Mauldre vers Paris. Sa voiture, conduite par un chauffeur, dérape sur une route mouillée près de Pontchartrain. Vollard succombe à ses blessures à l’âge de 73 ans. Ce jour-là, il transportait une malle remplie de dessins et d’estampes, qui disparaît après l’accident. Cette énigme a nourri des rumeurs persistantes sur un trésor perdu, jusqu’à ce qu’ en 2010, 140 dessins cachés depuis 70 ans refassent surface, confirmant l’ampleur de cette perte.

Une autre fin tout aussi tragique :

Certains ont évoqué une mort dramatique, heurté par un bronze de Maillol, comme le suggérait Picasso. La réalité est sans doute plus prosaïque : son chauffeur, réputé pour son imprudence, aurait perdu le contrôle du véhicule. Des rumeurs d’assassinat ont même circulé, alimentées par la valeur inestimable de sa collection, qui comptait des milliers de peintures et d’œuvres d’art.

Un héritage artistique inestimable

Vollard a laissé une empreinte indélébile sur l’histoire de l’art, tant par les œuvres qu’il a promues que par sa méthode de travail. Il a contribué à faire de Paris la capitale incontestée de l’art moderne et a inspiré des générations de galeristes. Une partie de sa collection est aujourd’hui conservée dans des musées, comme le musée Léon Dierx à La Réunion.

Dans son hôtel particulier parisien et dans sa maison du Tremblay-sur-Mauldre, il accumulait des milliers d’œuvres, qu’il gardait secrètes, refusant souvent de les montrer, même à ses proches. Après sa mort, on a découvert des caisses remplies de dessins et d’estampes jamais exposés, parmi lesquels des pièces majeures de Van Gogh et Gauguin.

Un personnage haut en couleur

Vollard était connu pour son flair infaillible, son avarice légendaire et son humour mordant. Il a acheté en bloc presque toute la production de Cézanne, posé pour Renoir (qui, handicapé par des rhumatismes, a mis plusieurs années à achever son portrait), et collectionné des milliers d’œuvres qu’il protégeait jalousement. Renoir, pendant les séances de pose, lui lançait souvent : "Vous avez une tête de cochin, Vollard, mais ça se peint bien !" Le portrait, resté inachevé, est aujourd’hui considéré comme l’un des chefs-d’œuvre du peintre.

La "Suite Vollard" :

Un chef-d’œuvre né d’un échange. Ambroise Vollard avait commandé à Picasso une série de 100 gravures, connue sous le nom de "Suite Vollard".

En échange, Picasso a reçu des œuvres de Renoir et Cézanne issues de la collection de Vollard.

Vollard, toujours avare de compliments, aurait simplement commenté en voyant les premières planches : "C’est bien, mais c’est long à faire."

Cette suite est devenue l’une des œuvres majeures de l’art du XXe siècle.